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lundi 25 novembre 2013

Luxe et Patrimoine historique


Les marques : patrimoine en danger ?


Le patrimoine est l’héritage commun de nos sociétés transmis aux générations futures. Les marques font partie de cet héritage. Aujourd’hui elles génèrent des recettes extraordinaires en séduisant les populations privilégiées du monde entier. Mais quelle est la motivation de ces acheteurs ? Qu’est-ce qui séduit tant dans ces grands noms du luxe ? Et quel est leur avenir dans un monde où l’expression « rentabilité financière » est presque la seule règle ?

Le luxe et ses marques font partie du patrimoine immatériel, suisse, français, italien, anglais, allemand, russe …  Dans une plus large mesure, ce patrimoine est européen. Paris, Londres, Milan, Genève, Anvers, Saint Petersburg … sont tant de capitales de la mode, de la bijouterie et de l’orfèvrerie qui ont vu naître ou exercer les plus grands, tels que Louis Cartier, Coco Chanel, Guiccio Gucci, Alfred Dunhill, Karl Fabergé, Abraham Louis Breguet, Hans Wilsdorf, Antoine Norbert de Patek et Jean Adrien Philippe et tant d’autres encore.
Depuis l’invention du tourisme, le vieux continent a toujours été une destination aimée par les classes privilégiées du monde entier. En effet l’Europe est la détentrice d’un art de vivre et du bon goût développés par sa vielle aristocratie et les premiers grands bourgeois et consommés aujourd’hui par les élites du monde entier. Force est de constater que c’est une partie d’Europe que l’on achète lorsque l’on jette son dévolu sur un produit de luxe.
(cf : petite histoire du luxe et des marques)

Si le tumulte des temps a permis à ces grands noms du luxe d’exister de nos jours sous la forme de marques, nous sommes en droit de nous demander si ces marques existeront toujours dans le futur et si elles seront toujours les ambassadrices de nos nations européennes ainsi qu’une manne financière importante pour nos économies.
Ces dernières années, le luxe n’a pas échappé aux lois de la mondialisation. Nombre de maisons prestigieuses ont été achetées par les différents acteurs du marché du luxe. Si bien que l’on ne distingue plus que quelques entités sur le marché du haut de gamme dont le groupe français LVMH, le groupe suisso-afrikaner Richemont, et le suisse Swatch group. Le but ultime de ces entités est le monopole du luxe. Dans cette bataille nous distinguons deux écoles de pensée qui s’affrontent. L’une suisse, soutenue par la famille Hayek et par toutes les marques encore familiales et indépendantes telles que Patek Philippe, Audemars Piguet, Hermès et Chanel. Et l’autre française, ou plutôt apparentée au monde le la finance et dirigée par le numéro 1 du luxe dans le monde, Monsieur Bernard Arnault et suivi par d’autre tel que François Pinault du Groupe PPR par exemple.

Le premier courant de pensée, appliqué dans les entreprises familiales et celles des deux premiers groupes, consiste à vendre des produits de luxe très haut de gamme. Par définition ces produits regroupent plusieurs caractéristiques : ils doivent être des produits d’une qualité irréprochable en même temps qu’ils sont des ambassadeurs d’un savoir-faire artisanal et ancestral et enfin ils doivent permettre l’accès à un univers et une histoire authentique. Voilà qui explique la prolifération des musées de marque ainsi que la naissance de la notion de terroir industriel reconnu par l’UNESCO récemment, avec l’inscription des métropoles horlogères du Locle et de la Chaux-de-Fonds au patrimoine mondial.



L'univers des publicités du luxe fait toujours appel à un imaginaire historique européen (actrice française, Paris, tour Eiffel, planeur des frères Wright, touche exotique du colonialiste, intérieur d'hôtel particulier ...)

Le second courant de pensée a pour but de faire des marques, des entités totalement autonomes qui se suffisent à elles-mêmes. Ainsi les musées de ces marques se retrouvent vidés de leur contenu historique, préférant mettre en valeur des œuvres d’art contemporaines. Ce travail permet une association douteuse et combattue dans tous les milieux de l’éducation et de la culture. L'affiliation de l’Art Contemporain et du luxe, accapare cette forme d’Art en laissant penser qu’elle est réservée aux élites. De plus, cette association permet de faire diversion et de déraciner les marques de leur territoire. Qui connaît encore l’histoire du layetier jurassien Louis Vuitton qui faisait ces petits meubles à tiroir pour les horlogers ? Le projet de musée Vuitton, magnifique chef d’œuvre contemporain de l’architecte Frank Gehry, racontera-t-il cette histoire ? L’histoire étant par nécessité attachée à un territoire, lorsqu’elle est absente ou arrangée, permet de placer un musée aussi bien dans le Jura, qu’à Paris ou à Pékin. Et avec lui, les ateliers de productions si cela n’est pas déjà fait ! Dans cette logique il est effrayant de constater que le musée Gucci à Florence, malgré une scénographie remarquable, est totalement vide de sens. Tout juste bon à impressionner les « pin-up » qui ne seront pas effrayées par le mot « museo » car « Gucci » y est accolé. A la boutique, demandez où est la fabrique Gucci et personne ne saura vous répondre. On vous proposera plutôt de venir voir les belles montres à quartz Gucci "fabriquées en Suisse" évidement. On constate que ce courant de pensée consiste à vendre des produits griffés de qualité moyenne en les faisant passer pour des produits de luxe. Le produit n’a plus aucune importance du moment que le nom y est.
Très dangereuse pour l’industrie européenne du luxe, affranchie de son histoire, cette école de pensée permet aux marques de se délocaliser n’importe où dans le monde et bien sûr en priorité là où les bénéfices et la rentabilité seront maximums.
Chacun des secteurs du luxe applique l’une ou l’autre de ces écoles de pensée si bien que la maroquinerie et la mode tendent à suivre la logique uniquement financière alors que l’horlogerie et la bijouterie restent porteuses d’authenticité et de savoir-faire ancestraux.

Bien que quelques maisons encore indépendantes montrent clairement leur volonté de le rester et se portent garantes de l’authenticité des savoir-faire et des produits véritablement haut de gamme, la logique du premier groupe mondial de luxe est inquiétante pour tout un secteur et toute une économie. Swatch group faisant encore la loi en horlogerie, suivi de prêt par Richemont, l’horlogerie suisse n’a pas de souci immédiat à se faire. Mais qu’en sera-t-il lorsque les derniers remparts des indépendants auront cédé ? Le secteur du luxe horloger se porte merveilleusement bien ces derniers temps. Mais ne serait-ce pas le calme avant la tempête ? A nous d’en avoir conscience, de préparer le futur en conséquence et de nous battre pour notre patrimoine, notre histoire et nos marques.

Petite histoire du luxe et naissance des marques :

Le luxe est au centre des débats sociaux depuis le XVIème siècle. Il est entre autre, une des origines de la Réforme religieuse. Le débat se poursuivra pendant toute l’époque moderne. Rousseau et Voltaire s’opposaient ainsi largement sur le sujet. Alors que pour le genevois le luxe est un obstacle à la vertu humaine, le parisien le voit comme un moteur pour l’économie et l’innovation. Dans cette fin de XVIIIème siècle, le luxe n’est ni plus ni moins une affaire d’artisans d’art au service de l’aristocratie et des quelques familles régentes d’Europe. Au XIXème siècle le Révolution Industrielle permet le développement d’une nouvelle élite sociale, la bourgeoisie. Pour satisfaire une demande plus forte, les artisans d’art vont s’organiser en « maison ». Enfin les noms des artisans morts depuis plusieurs générations, deviennent des marques dans la première moitié du XXème siècle, poussées par la frénésie des consommateurs de masse suite aux privations des guerres mondiales et accrues par le développement de l’automobile. Ces marques sont toujours détenues par les héritiers du nom pour la plupart. Ainsi la naissance des marques est relativement tardive et est un fait totalement nouveau dans l’histoire beaucoup plus ancienne du luxe. Enfin les bouleversements économiques de la fin du XXème siècle, font place à un phénomène nouveau avec l’apparition des groupes dans le monde du luxe. En quelques années, les groupes vont déposséder les familles de leur patrimoine et introduire une notion de profit pour les actionnaires et de rentabilité financière accrue au sein des marques.

Article publié dans le Journal Suisse d'Horlogerie n°136, septembre 2012 (édition spéciale salon EPHJ-EPMT-SMT)




jeudi 12 janvier 2012

Lapidaires et diamantaires du Haut Jura


Le maillon manquant des manufactures horlogères

La naissance de l’horlogerie suisse liée à l’arrivée du réformateur Jean Calvin, a fait parler d’elle. Alors que les huguenots viennent peupler Genève pour en faire une grande cité, l’histoire des genevois catholiques fuyant l’austérité calviniste est rarement évoquée. Parmi ces catholiques, se trouvaient des tailleurs de pierres précieuses appelés lapidaires.

Genève :

Ainsi dans un premier temps, il s’agit du maillon manquant à l’histoire des genevois. Au XVIème siècle, la ville du bout du lac est un carrefour européen. Draperies et orfèvres des Flandres affluent en quantité, les premières horloges apparaissent avec les serruriers germaniques, alors que l’or et l’argent arrivent des Amériques par l’Espagne. Les mets de la gastronomie française, se négocient tout proche en Bourgogne et dans les foires de Champagne. Enfin, épices en tout genre et pierres précieuses affluent d’Orient via Venise. Il se développe une certaine prospérité, profitant au clergé, aux riches marchands et bourgeois de la cité.

Inutile de préciser qu’en 1533, Calvin va bouleverser ce mode de vie. En peu de temps, Genève s’impose en Rome protestante. Cette histoire, beaucoup la connaissent et tous les horlogers la racontent. L’austérité liée à l’extrémisme religieux nuit gravement au principal péché des genevois : la luxure. Alors joailliers s’associent aux horlogers. Les pierres ornent les montres, objets utilitaires avant tout. D’autres refusant d’abjurer leur religion, quittent la cité, entraînant avec eux des lapidaires. Ainsi, bijoutiers, horlogers et lapidaires catholiques se retrouvent unis sur les routes de l’exil.

Haut Jura, la terre propice :

Alors que Genève devient la championne du protestantisme, Saint Claude dans ses montagnes, reste un haut lieu de pèlerinage catholique. C’est tout naturellement que les immigrés catholiques genevois, prennent la voix du Jura, fuyant l’austérité calviniste. Entre 1550 et 1650, l’immigration des genevois participe à l’une des grandes périodes de peuplement du massif.

L’artisanat local de tournage sur bois pour la fabrication de petits objets de piété, fait des hauts jurassiens des gens très minutieux. Cela constitue un terreau fertile pour l’horlogerie qui se répand facilement. Et avec elle, toutes les activités annexes comme le lapidaire.

La révocation de l’édit de Nantes donne un coup de pouce supplémentaire à la profession, jetant de France la majorité des membres de la corporation des lapidaires-diamantaires, composée essentiellement de juifs et de protestants. Bon nombre d’entre eux viendront se réfugier à Genève, redynamisant ainsi l’activité lapidaire du Jura, restée très liée à Genève et ses horlogers. C’est ainsi qu’en 1670 l’aventurier protestant Tavernier, joaillier de Louis XIV, vient s’établir à Aubonne au pied du Jura. C’est à lui que l’on attribue la découverte de l’un des plus célèbres diamants du monde, le Hope que l’on retrouve quelques siècles après, dans le film Titanic.

En 1704 le bâlois Nicolas Facio donne de nouvelles perspectives aux lapidaires jurassiens. Il invente le contre pivot de montre en rubis. Suite à cette découverte, en 1712 Joseph Guignard devient le premier lapidaire de la Vallée de Joux qui comptera jusqu’à 50 pierristes en 1749.

Parallèlement, en 1735 un dénommé Michaud taille des pierres à Lamoura, petit village en continuité de la Vallée de Joux, coté français. Pourtant les premiers lapidaires du Haut Jura n’arrivent pas de la Vallée de Joux. Ils viennent du pays de Gex en remontant la vallée de la valserine.

Au siècle des Lumières les philosophes aident au développement de l’activité. Rousseau conduira une colonie de lapidaires, du pays de Gex jusqu’en Perse. Quand à Voltaire à Ferney, il pose beaucoup de problèmes aux horlogers genevois en créant sa manufacture royale. Ce n’est pas sans raisons que Genève face à cette concurrence, ferme ses frontières, asphyxiant littéralement l’activité horlogère du pays de Gex. Voltaire perd la bataille et les lapidaires continuent leur route sur les pentes du Jura. Ils s’orientent désormais vers Paris et ses joailliers.

C’est à cette période que l’on passe d’un travail salarié à un travail indépendant qui s’exécute désormais dans les fermes. Cette activité annexe devient un complément de revenu pour les paysans durant les longs hivers. Alors que les paysans neuchâtelois fabriquaient des montres derrière leurs fenêtres, les hauts jurassiens taillaient des pierres précieuses.

L’activité se développe et prospère durant tout le XIXème siècle, donnant naissance à des dynasties de négociants lapidaires, tels que les Dalloz à Septmoncel. Les dames s’habillent à la mode parisienne si bien que ce petit village prend le surnom de Paris du Jura. Mais la route n’est pas encore terminée. Les établis rustiques des paysans ne permettent pas de tailler l’ultime pierre précieuse : le diamant !

Eugène Goudard originaire de Divonne cherche justement une activité plus lucrative. Tout en récupérant les techniques de travail des lapidaires, il s’entoure de quelques anversois et apporte les additions techniques nécessaires permettant de tailler cette pierre jusqu’à 140 fois plus dure qu’un rubis. En 1878, il installe sa taillerie aux portes de Saint-Claude dans un village qui porte aujourd’hui le nom de Montbrillant. L’activité diamantaire se développe, proche des cours d’eau qui fournissent l’énergie nécessaire à la taille du diamant. La vitesse de rotation des meules est bien plus élevée que chez les lapidaires. L’arrivé

e des nouvelles idées sociales avec l’industrialisation, favorise la création de nombreux ateliers coopératifs au début des années 1900, laissant une trace encore bien visible de nos jours à Saint-Claude, tant au niveau des idées que sur un plan architectural.


Techniques et inventions, moteur de l’activité :

Les premiers à tailler des pierres seraient vraisemblablement des flamands ou des italiens dés le XVème siècle. Chaque pierre dispose d’une taille faisant ressortir au maximum son éclat. La taille « brillant » avec ses 57 facettes, est la plus rependue. Les angles et les inclinaisons des facettes ont été savamment étudiés des siècles durant par les joailliers.

Comme le prouve la découverte de Nicolas Facio, l’avancée des sciences et des techniques est propice au développement de l’activité. Suite à l’invention du bâlois, le contre pivot de montre en rubis sera produit en quantité dans les différentes vallées du Jura. A la fin des années 1800, le petit village de Lajoux occupe 200 pierristes dans son usine.

En 1758 l’alsacien George Frédéric Stras est joaillier du roi de France. En mélangeant silice, oxyde de plomb et oxyde métallique dans les proportions adéquates, il obtient de bonnes imitations de pierre et donne une nouvelle matière à travailler pour les lapidaires jurassiens. Le second « S » du strass arrivera quelques années après, lorsque le sanclaudien Martin Lançon améliore la technique.

Enfin en 1902, un chimiste du nord de la France arrive à reconstituer une pierre disposant des mêmes propriétés que les pierres naturelles. Ces pierres synthétiques vont se diffuser dans le Jura et favoriser l’industrialisation de l’activité. A Septmoncel, Mr Edouard Grossiord en profite pour inventer, un instrument permettant de tailler plusieurs pierres à la fois. Le brevet sera déposé peu de temps après, mais sous le nom de Pernier.

Un savoir-faire en voix de disparition ?

De nos jours l’activité de lapidaires-diamantaires est réduite à peau de chagrin. Ebranlé par deux conflits et la crise de 1929, les jurassiens ne voient plus le lapidaire comme un métier d’avenir. La concurrence accrue des pays à faible coût de main d’œuvre n’arrange rien, d’autant plus quand ces pays se trouvent être les pays producteurs de bruts. Ainsi les centaines de milliers de lapidaires en Thaïlande, au Viêt-Nam et au Sri Lanka, ont eut raison des quelques milliers de lapidaires Jurassiens.

Quand au diamant, une pierre d’un carat taillée pendant plusieurs heures afin d’obtenir les 57 facettes traditionnelles, ne se vend pas assez cher sur le marché mondial pour permettre de payer les heures de l’ouvrier diamantaire jurassien. Les diamantaires sanclaudiens ont ainsi abandonné la taille qu’ils sous traitent désormais, pour ne pratiquer que le négoce des pierres.

Dans ce contexte peu favorable, quelques résistants subsistent. Des artisans limitent les intermédiaires en fabriquant et en commercialisant eux-mêmes leurs produits. Des petites entreprises se spécialisent et utilisent cette longue expérience au profit de la précision, très appréciée des grandes marques joaillières ou les horlogers. D’autres encore ont fait le choix de la diversification comme la société Dalloz à Septmoncel qui produit des pierres synthétiques et des verres saphir pour les montres.

L’activité survie dans le territoire historique des lapidaires jurassiens. Mais pour combien de temps encore ? A l’heure des manufactures horlogères intégrées où l’on trouve émailleurs, graveurs et sertisseurs les uns aux cotés des autres, il reste très rare de rencontrer des lapidaires, même si certaines marques n’hésitent pas à exhiber de vieux établis dans les couloirs de leur entreprise. Sans vouloir réanimer le débat sur la faisabilité d’un 100% « swiss made », il serait en tous cas possible grâce aux lapidaires du Haut Jura, d’imaginer un 100% « manufacturé dans le Jura », participant ainsi à la préservation d’un savoir-faire et d’une tradition, tout en solidifiant la renommée de l’arc jurassien.

Article publié dans le magazine Heure Suisse

mardi 14 septembre 2010

Musée de la lunette à Morez


Le conservatoir lunetier

Perdu au cœur des montagnes industrie
uses du Jura, le Musée de la Lunette n’en a pas moins trouvé sa place. Au XIX ème siècle, Morez devançait Londres et Paris en matière de fabrication lunetière, atteignant des productions pouvant aller jusqu’à 12 millions de montures pas an. Fière de ce passé prestigieux, la petite ville jurassienne est plus que jamais, la cité des lunetiers.



Inauguré en 2003 par le ministre des finances M. Bâtiment, le Viséum à été réalisé par les architecte Gill Rachardt et Gill Fereux de Lons-le-Saunier

Héritière d’une longue tradition du travail du métal :

A l’origine, rien ne prédestine « La Combe Noire » à devenir un pôle industriel majeur. Les hommes s’y installent cependant au XVI ème siècle, attirés par la Bienne. Véritable artère pulmonaire de la ville, ce cours d’eau va des générations durant, fournir l’énergie nécessaire aux moulins et ateliers moréziens. La proximité des forges de Syam, va favoriser l’installation de forgerons dans ce qui n’est encore qu’un village. De ces forges, sortiront des clous par millier, constituant ainsi la première industrie morézienne. Avec l’arrivée des genevois catholiques, et l’influence des Ducs de Bourgogne, l’horlogerie va se répandre et avoir son heure de gloire. L’horloge comtoise reste de nos jours le symbole de cette réussite. Cependant, c’est d’un clou que naquit la première monture de lunette jurassienne en 1796. Le maître cloutier Pierre Hyacinthe Cazeaux jette, sans le savoir, les bases d’une industrie, qui sera l’héritière des savoir-faire et activités précédentes. De l’étampage au finissage, bon nombre de termes et de machines sont issues de l’horlogerie. En 1820 un certain Lamy viendra parfaire l’organisation de cette industrie en créant l’atelier hydraulique de type morézien qui restera le modèle prédominant jusque dans les années 1960. A la fin du XIX ème siècle, Morez est le premier centre mondial de production de lunettes.

Un musée intégré dans sa filière :

Lors de son inauguration en 2003, le Viseum constitue le dernier maillon de la filière lunetière. Ainsi, Morez devient un centre industriel complet avec ses lunetiers, son école technique et son espace muséal. Ce dernier abrite une collection d’objets optiques considérable qui s’illustre dans diverses thématiques. Un espace interactif et scientifique a été réalisé en collaboration avec l’Ecole Nationale d’optique. Il permet des se familiariser avec le fonctionnement de l’œil et de différencier avec simplicité les différentes amétropies. Viennent ensuite les parties historiques, dont la principale est dédiée aux Moréziens. Cet espace retrace les origines de la lunetterie et présente les techniques et les spécificités du travail des lunetiers jurassiens. Projections, témoignages de lunetiers ainsi qu’un espace réservé à la formation professionnelle et à son Lycée National, accompagnent le tout. La suite de l’exposition, plus universelle, retrace l’histoire de l’optique des origines à nos jours. La collection ESSILOR-Pierre Marly représente la colonne vertébrale de l’exposition. De l’astronomie à l’infirment petit, cet ensemble présente des objets d’une richesse artistique remarquable. En partant de la longue vue de Marie de Médicis, jusqu’au face à main Belle Epoque de Sarah Bernhardt, en passant par l’extraordinaire collection de lorgnettes, l’exposition nous promène aux quatre coins du monde et au delà, dans l’espace. Cette exploration se termine par la présentation de lunettes contemporaines. Aux cotés des créations d’André Courrège, le design de Pierre Marly, à qui l’on doit cette collection, côtoie les nouveautés que l’on retrouve dans les différents salons de design lunetiers. A Paris, Milan, Tokyo ou New York, comme au Musée de la Lunette, le design et les techniques innovantes des lunetiers jurassiens et internationaux sont à l’honneur. Lors de ces concentrations de professionnels, la conservatrice Tiphaine Le Foll, va à la rencontre des lunetiers du monde entier, afin de poursuivre le travail de Pierre Marly et de donner une dimension plus internationale à ce conservatoire lunetier. Dans cette optique, les différents partenariats établis avec les acteurs de la filière, permettent d’agrandir les collections et de conserver un lien primordial avec la branche. En ce qui concerne les lunetiers jurassiens, chaque nouveau modèle produit ou primé dans l’un de ces salons est intégré d’office dans les réserves du musée. Cet automatisme place le musée en partenaire incontournable et Tiphaine Le Foll tente de l’appliquer aux lunetiers étrangers.

Perspectives d’avenir ambitieuses :

Pour le futur, le Musée de la lunette vise haut. Certes, la ville de Morez semble bien placée pour rester la référence muséale en matière de lunetterie, cependant la satisfaction ne sera pas à son comble tant que toutes les possibilités n’auront pas été exploitées. Ainsi, la poursuite des collections d’une part, notamment en matière de design, a pour but de faire du Musée de la Lunette de Morez une sorte de MoMA lunetier. D’autre part, le prochain projet scientifique et culturel du musée, mettra l’accent sur la vision, la couleur et la lumière, histoire de parfaire l’offre et de pousser un peu plus loin la recherche dans le domaine de l’histoire des sciences.

Article publié dans le magazine Histoire d'Entreprise n°8 :





jeudi 26 novembre 2009

Concours de chronomètrie 2009

Le renouveau des concours de chronométrie.

C’est une poignée de passionnés avec la complicité de Cécile Aguillaume, conservatrice du Musée d’horlogerie du Locle, qui a eu l’idée de faire renaitre les prestigieux concours de chronométrie. L’idée, qui semblait utopique au départ, à fait son chemin auprès des professionnels de la branche et va finalement se concrétiser à l’occasion du cinquantenaire du musée des Monts au Locle.
« Cet évènement sera le premier concours international de chronométrie du XXIème siècle » annonce fièrement Mme Aguillaume. En effet, les deux derniers concours restés dans les annales, remontent à 1923 pour le centenaire de la mort d’Abraham Louis Breguet et à 1948 pour celui du canton de Neuchâtel. Ces grands concours internationaux avaient lieu à l’observatoire de Neuchâtel qui avait acquis une grande notoriété dans le monde de la chronométrie, devant ceux de Greenwich en Angleterre, Besançon en France et Genève. Ces institutions scientifiques avaient le pouvoir de certifier la précision des montres en leur attribuant le « label » de chronomètre.
Avec l’arrivée du quartz et la crise qui s’en suivit, beaucoup de ces institutions ont disparu, l’observatoire de Neuchâtel en tête. Mais la montre mécanique ayant trouvé un nouvel essor, pourquoi ne pas relancer les concours ?
Mme Aguillaume est parfaitement consciente que les attentes des horlogers vis-à-vis de ces compétitions ne sont plus les même qu’au XIXème et XXème siècle et pour cette raison elle nous confie que les montres sélectionnées pour le concours doivent être représentatives de la production horlogère actuelle. Ainsi seules les montres bracelets complètes sont acceptées, mettant au rang des vieilleries les montres de poche. Les montres à quartz étant bien évidement pas représentées, les régleurs qui étaient des acteurs majeurs des compétitions de l’époque, auront toujours leur rôle à jouer dans la compétition actuelle, affirme Cécile Aguillaume. Les participants seront les marques et les écoles d’horlogerie ainsi que de simples particuliers, à condition de régler soi-même sa montre.
Pour ce qui est du règlement, la conservatrice nous avoue l’avoir adapté aux normes actuelles tout en essayant de respecter le plus possible l’esprit des règlements d’antan. Ainsi toutes les montres seront jugées selon les critères de la norme ISO 3159, qui est la référence actuelle en matière de contrôle des montres. Mais elles subiront également des épreuves mécaniques. Pour la première de ces épreuves, la montre sera soumise à des champs magnétiques définis selon la norme ISO 764, quant à la seconde, elle à pour but de simuler le porter de l’objet dans des gestes de la vie quotidienne tel que les applaudissements soutenus par exemple.
Si toutes les montres en compétitions doivent être déposées au Musée des Monts au Locle, les contrôles auront lieux dans différentes institutions scientifiques neutres telles que le Bureau du Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres au Locle (COSC), l’observatoire des sciences de l’Univers de Besançon et l’institut d’Horlogerie et Création de la Haute Ecole Arc Ingénierie du Locle pour les tests de magnétisme et de microchocs. Ces épreuves auront lieu sur une période de 3 à 4 mois, à la fin de laquelle les montres auront obtenu des notes par catégories, puis une note globale.
Le jury sera pluridisciplinaire et présidé par Michel Mayor, astrophysicien à l’Observatoire de Genève. Un comité d’honneur destiné à soutenir l’organisation et le rayonnement du concours sera présidé par l’astronaute Claude Nicollier.
Les inscriptions pour le concours s’achèveront le 5 septembre et la listes des participants sera rendu publique le 17 septembre 2008 à l’occasion de la journée d’études de la Société Suisse de Chronométrie. Ensuite, les pièces devront être déposées au Musée des Monts pour le moi de mai 2009, avant de commencer les séries de test. Les résultats seront enfin proclamés au début de l’année 2010.

Historique sur les Observatoires

Ces institutions scientifiques ont commencé à voir le jour au XVIIème siècle, lorsque les marines d’Etat telle que celle de la France et de l’Angleterre utilisaient des chronomètres de marine pour calculer la longitude afin de connaître sa position en pleine mer. Les erreurs de calcul et les imprécisions pouvant causer des torts aux navigateurs, des observatoires nationaux ont été créés afin de mesurer la précision des chronomètres de marine. Les Etats proposaient des récompenses astronomiques aux horlogers qui arriveraient à fabriquer le chronomètre le plus précis, mettant au concours tous les grands horlogers de l’époque. C’est ainsi que l’observatoire de Greenwich et de Paris ont vu le jour en 1675 et 1667. Genève dont l’activité horlogère était déjà importante, construisit le sien en 1772 . Tous ces observatoires avaient pour but essentiel de mesurer la précision des chronomètres de marine.
Observatoires de Neuchatel et Grennwich

Suivant le sillage de ces chronomètres, l’horlogerie traditionnelle se lance également à la recherche de la perfection. La précision des montres devient vite le fond de commerce des horlogers qui certifient eux-mêmes leur montre de chronomètre. Mais pour plus de crédibilité, la nécessité d’avoir des institutions scientifiques neutres qui certifient les montres se ressent de plus en plus. C’est ainsi que l’observatoire de Genève s’oriente sur le contrôle des montres dans les années 1840-1850, tout comme Paris et Greenwich. Les montres qui passent les tests reçoivent le « label de Chronomètre » et la précision devient le pilier de la publicité horlogère. Le contrôle des montres étant une activité de plus en plus importante, Neuchâtel met en place son observatoire en 1860. En France, la création d’observatoire et lancé par décret en 1878 et c’est ainsi que celui de Besançon commence son activité de contrôle en 1885. Chaque observatoire dispose de son propre règlement, mais dans l’ensemble on constate une certaine homogénéité. Régulièrement des concours internationaux et nationaux sont organisés. Cela permet la confrontation des différentes marques de l’industrie horlogère. Ces concours font également la part belle aux régleurs qui bichonnaient les montres de concours pendant plusieurs mois avant de les présenter. L’arrivée du Quartz mettant fin à l’hégémonie de la précision des montres mécaniques, les observatoires perdent de leurs importances et certains disparaissent, tout comme les concours de chronométrie.


Article publié en septembre 2008 dans l'édition spéciale du Journal Suisse d'Horlogerie

(cliquer pour agrandir)


mercredi 15 avril 2009

Horloge Fleurie de Genève

Histoire de l'Horloge Fleurie
Symbole d’une industrie horlogère genevoise mondialement connue, l’Horloge Fleurie est sise en bordure du Jardin Anglais depuis 1955. Malgré une grande notoriété, on trouve très peu d’informations concernant l’histoire de ce « monument ». Les seules archives qu’il est possible de consulter, sont celles du Service des Espaces Verts et de l'Environnement, qui s’occupe depuis toujours de l’entretien du site.


Historique de l’Horloge

Avant sa construction, le site de l’Horloge Fleurie n’a pas toujours été ce qu’il est. Des cartes anciennes de la ville permettent de dire qu’au 19ème siècle, l’espace aujourd’hui occupé par l’Horloge n’existait pas ou était plutôt occupé par un bastion de protection de la cité et un port de commerce. Suite à la destruction des fortifications, un espace est aménagé dans le but de faire disparaître la forme originale du bastion au profit d’un espace créé sur l’eau. De ce fait le port de commerce disparaît et en 1862 la construction du pont du Mont Blanc débute. Par la suite le Jardin Anglais va s’étendre sur cet espace gagné sur l’eau pour prendre plus ou moins la forme qu’on lui connaît de nos jours.
Dans les années 50, Genève est une cité en pleine mutation. La conjoncture économique est favorable et le tourisme est en pleine croissance. Un projet, d’aménagement du Quai du Général-Guisan voit le jour afin de faciliter la circulation automobile, au détriment du Jardin Anglais. C’est dans ce contexte favorable que va naître l’Horloge Fleurie en 1955.
Le projet a été réalisé sur l’initiative de l’Association des Intérêts de Genève (Office du Tourisme) et avec le concours financier de l’Union des fabricants d’horlogerie de Genève et de Vaud. La Promenade du Lac est choisie pour accueillir l’Horloge qui est aménagée par le service des parcs et promenades de la Ville (aujourd’hui le service des espaces verts et de l’environnement). Le cadran est composé de quelques 6500 fleurs. Le mécanisme, quant a lui, est pris en charge par la maison FAVAG de Neuchâtel. C’est un simple mécanisme électrique constitué de 3 aiguilles dont la plus grande (la trotteuse) mesure 2,5 mètres de long. Elle est reconnue comme la plus grande aiguille-trotteuse du monde. Pour lui permettre de marquer chaque seconde avec précision, il a fallu vaincre de très grandes difficultés techniques, car le chemin effectué par l’extrémité de l’aiguille pour chaque seconde est de 27 centimètres. La circonférence totale de la montre est de 15,70 mètres, avec un diamètre de 5 mètres.

En 1992, des travaux ont été entrepris afin de reculer l’Horloge pour l’extraire quelque peu de la circulation. Cette opération a eu pour but d’assurer la sécurité des touristes qui se positionnaient juste au bord de la route pour l’admirer et la photographier.

En entrant dans le nouveau millénaire l’Horloge acquiert une dimension réellement artistique. Initié par Manuel Tornare, magistrat en charge du Département des affaires sociales, des écoles et de l'environnement, le lifting de l’Horloge en 2002, apparaît comme très réussi : son unique cadran est démultiplié grâce à l'intervention de deux artistes, Josée Pitteloud, peintre, et Jean Stern, sculpteur. Ces deux artistes ont travaillé en collaboration avec les jardiniers municipaux du Service des Espaces Verts et de l'Environnement sur ce projet intitulé "Fleurs de tapis" et donner à l’Horloge son look actuel.

Actuellement composés de huit cercles concentriques dont les couleurs varient avec les saisons et selon le type de plantes qui en composent le tapis, l’horloge est équipée de nouvelles aiguilles et d’un mécanisme toujours électrique fournit par la maison suisse MOBATIME. Les compositions florales sont renouvelées 4 fois par années. Pour faciliter le travail des jardiniers et lutter contre le vandalisme, les aiguilles sont équipées d’un système de débrayage et une horloge mère permet à l’Horloge Fleurie de se remettre à l’heure automatiquement.

Un vecteur de communication majeur

Cette horloge rappel que Genève a été en Suisse, le berceau de l’horlogerie. Elle est là également pour montrer aux touristes du monde entier, l’importance du rôle qu’a joué cette industrie, au sein de l’horlogerie mondiale. Même si l’Horloge Fleurie n’est pas une première dans le domaine des horloges florales, (Chicago en a une en 1932), elle est devenue une référence en la matière. Toutes les municipalités du monde qui désirent disposer de ce genre d’édifice, font appel au Service des Espaces Verts et de l'Environnement de Genève. Ces derniers s’occupent de la mise en place des ensembles floraux et MOBATIME fournit le mécanisme. Ainsi nous retrouvons ce genre de monument à Abu Dhabi et à St Petersbourg, entre autres.

lundi 30 mars 2009

Les appartements de vilégiature des derniers rois d'Italie, trésors cachés de l'Abbaye de Hautecombe

Saint Pierre de Curtille, arrivée à l’Abbaye de Hautecombe

Me voici au bord du lac du Bourget, face à la cité thermale d’Aix les Bains. L’architecte des monuments historiques, m’a très gentiment invité à venir faire la visite de chantier des travaux de réfection de l’abbaye avec son collègue. L’intérêt d’être avec des gens officiels dans ce genre d’endroit est de rencontrer les responsables de la communauté religieuse, pour qu’ils nous ouvrent les portes des parties cachées du monastère nous révélant ainsi des trésors inestimés par le simple touriste.
Il y a deux manières d’accéder au site ; Par la route et par bateau.
Depuis la capitale savoyarde, le chemin qui accède à Hautecombe est une petite route de montagne sinueuse, accrochée à la falaise qui domine le lac du Bourget. La route en provenance de la cité thermale est moins périlleuse et longe plus simplement l’eau, étant donné l’absence de falaise de ce coté-ci du lac.
A notre arrivée à l’Abbaye, le temps est pluvieux. Cependant, le soleil fait des percées dans les nuages, faisant scintiller le lac face au monastère qui semble bénit des Dieux.

Abbaye de Hautecombe, depuis le lac

La compagnie des bateaux du lac du Bourget et du Haut-Rhône, relie régulièrement les principaux sites situés aux 4 coins du lac. Ainsi Hautecombe est accessible par Aix-les-Bains principalement, mais également par le Bourget du lac et de l’autre coté, par Chanaz, via le canal de Savière qui relie le lac au Rhône.
L’Abbaye est un haut lieu de l’histoire savoyarde et de la Maison de Savoie. Depuis le XIII siècle, Hautecombe abrite les dépouilles de tous les princes de Savoie. Ces princes ont gravi les échelons de la noblesse tout au long des siècles pour en arriver au sommet. Ainsi, simple Comtes dans une vallée savoyarde au milieu du Moyen-Age, les descendants de la Maison de Savoie se retrouvent Rois. Au fur et à mesure des siècles, nombre d’entre eux ont été inhumés ici.
Lorsque la révolution française atteint la Savoie en 1792, l’Abbaye est partiellement détruite. Le Roi Charles Félix restaure le lieu de 1821 à 1831 et en profite pour se faire aménager des appartements avec vue sur le lac. De ce fait, Hautecombe devient le lieu de villégiature de la famille royale d’Italie. En 1946 le dernier roi d’Italie abdique et c’est la fin de la monarchie. La famille royale déchue par en exil à Genève et n’a plus les moyens de garder Hautecombe. Les dépendances royales sont récupérées par les religieux. Aujourd’hui c’est la communauté du Chemin Neuf qui occupe les lieux. Ordre à vocation œcuménique, la communauté est composée de chrétiens catholiques, protestants et orthodoxes. Les personnes en couple sont même acceptées. Tout ce petit monde vit dans l’ancien monastère et dans les anciennes dépendances royales. Comme beaucoup de communautés religieuses, celle-ci vit refermée sur elle-même et très peu de gens ont accès au monastère et aux lieux de vie de la communauté. Seule l’église de l’Abbaye est ouverte au public. Mais lorsque l’on vient avec les officiels, les portes des jardins secrets s’ouvrent plus facilement…

L’Abbaye, nécropole de la maison de Savoie

L'entrée monumentale richement décorée, donne accès à un sas, avant d’accéder à l’église proprement dite. Ce hall est un rajout à l’Abbaye originelle, ajouté par le Roi Charles Félix lors de la restauration d’Hautecombe.
Dans cette partie repose la dépouille du dernier roi d’Italie Umberto II qui abdiqua en 1946 avant de proclamer la République. Il mourut quelques années plus tard en 1983 et fut inhumé ici avec ses ancêtres.
Aujourd’hui ce n’est pas la nécropole de la Maison de Savoie qui nous intéresse, mais plutôt les trésors de l’ancienne monarchie italienne qui sont encore cachés ici à Hautecombe.

Les trésors cachés de Hautecombe

Outre l’Eglise, ses tombeaux, ses statues, ses vitraux et son architecture auxquels tous le monde à accès moyennant la somme de 2 euros, le site renferme d’autres trésors que seuls les religieux peuvent contempler. Difficile à accepter d’autant plus quand on sait que la totalité du lieu est classé monument historique et que la réfection des toitures se fait en grande majorité avec l’argent du contribuable. Les travaux sont prévus sur plusieurs années et vont s’élever à environs 4 millions d’euros. Bref, espérons un jour que le contribuable aura accès à ces trésors. Pour y avoir eu accès ce jour là, je vous prie de me croire, ces trésors cachés valent le coup.

Trésors cachés :
- (Abbaye et ses tombeaux : seule partie visible)
- Le cloître
- Les jardins face au lac
- La salle de réfectoire
- Les appartements royaux
- Tableaux et mobiliers
- La tour du phare

Les jardins de l’Abbaye d’Hautecombe

Après avoir passé plusieurs portails et portes d’accès avec code de sécurité, on accède aux jardins. Ces derniers constituent une large terrasse surplombant le lac.
Le site de l’implantation des bâtiments de Hautecombe a été parfaitement choisi. En effet, l’Abbaye à été construite sur une avancée de terrain dans le lac, ce qui permet aux deux principales façades du bâtiment d’avoir vue sur le Lac. L’une regarde vers l’Est en direction de la ville d’Aix les Bains. L’autre, qui accueille les appartements royaux et domine ce jardin, regarde vers le sud en direction du Bourget du Lac.
Ces jardins royaux, préservés du monde extérieur et de tout bruit, sont aujourd’hui un lieu de recueillement et de réflexion pour les religieux.


Le cloître de l’Abbaye d’Hautecombe

Autre lieu de tranquillité et de prière, le cloître. Cœur de tous les monastères, cet espace de silence est totalement clos et isolé du monde extérieur pour ne pas perturber les prières des religieux. Vu l’emplacement du site de Hautecombe, sur la cote sauvage et inhabitée du lac du Bourget, ce cloître peu paraître quelques peu abusif. Mais contrairement aux jardins qui offrent un panorama exceptionnel sur les montagnes et le lac, sur lequel passent quelques rares bateaux, ce lieu clos empêche toute distraction, source de déconcentration pour la réflexion des frères et des sœurs.
Entre ces quatre murs et ces arcades, le cloître abrite un petit jardin au milieu duquel trône un puits qui alimentait la communauté en eau potable dans des temps antérieurs. Quelques vieilles pierres constituent un petit musée lapidaire dans un coin du cloître, traces de la longue histoire du site, qui remonte au Moyen-Age.

Le réfectoire de l’Abbaye


Après avoir fait le tour du cloître et des jardins pour observer l’avancée des travaux de réfection
de la toiture, Franck, architecte des Monuments Historiques, profite de la discussion que son collègue et les entrepreneurs sont en train de tenir, pour s’éclipser et me faire visiter les lieux plus en profondeur. Avant de monter à l’étage, situé dans l’aile coincée entre le cloître et les jardins, Franck m’ouvre la porte du réfectoire des moines. Les voix des cuistots mêlées à une odeur de poisson grillé s’échappent des cuisines et se répandent dans la pièce. A la vue de cette salle chargée d’histoire, j’avoue à Franck que je me ferais bien moine pour vivre dans un tel lieu. « Je n’irais pas jusque là ! » me répondit-il en rigolant.

Dans les couloirs de l’Abbaye …

Nous nous dirigeons maintenant vers les escaliers pour accéder à l’étage et à ses appartements royaux. Arrivés au sommet nous sommes surpris par le prêtre de l’ordre. « Bonjour mon père » dit Franck un peu surpris. Après les salutations, je suis présenté à l’homme d’église et nous en profitons pour lui demander s’il est possible de visiter les appartements royaux. Le père acquiesce et nous fait signe de le suivre à travers les couloirs glaciaux du monastère.
Cette aile du monastère abrite les appartements royaux qui sont classés Monument Historique. De ce fait personne n’y réside mais la communauté s’en sert de salle de réception et de réunion.
Les autres dépendances du bâtiment ont été quelque peu modernisées et sont occupées par les religieux. Chacun a sa chambre, ce qui fait un total d’environ 80 pièces. A cela il faut ajouter les chambres d’apparat qui se situent dans l’aile Est et qui sont faites pour accueillir les invités importants. L’une de ces chambres fait l’angle. Cela signifie que quelle que soit la fenêtre par laquelle on regarde, la vue donne sur le lac. C’est la chambre de l’évêque m’apprend Franck. Dans le temps, les évêques devaient faire le tour de leur évêché pour vérifier la bonne application du dogme catholique. Chaque église, chaque couvent et chaque monastère étaient inspectés et devaient disposer d’une chambre pour loger l’évêque. Ce rituel a-t-il toujours lieu aujourd’hui ? Peu être mais il faudrait le demander au père qui ne semble pas très bavard !

Les appartements de la famille royale d’Italie

Enfin nous arrivons au bout du couloir pour nous engouffrer dans un petit vestibule, suivi d’une pièce de petite taille abritant quelques objets tel un vieux piano à queue. Puis, le clou du spectacle, la grande pièce qui devait être la chambre ou le salon royal. Plafonds peints, cheminées, miroirs, tapisseries, parquet cirés … tout est resté intact depuis la fin de la monarchie en Italie. Seul le mobilier manque à l’appel, bien que quelques beaux objets subsistent dans d’autres pièces. Et bien sur, par les fenêtres, toujours cette immanquable vue sur ce paysage de lac et de montagne.
De retour dans une salle annexe servant de salle de réunion, le père me propose un thé qu’il me sert sur un buffet qui avait été préparé en notre honneur. Franck, son collègue et le prêtre ont quelques formalité administrative à régler concernant les subventions des travaux. Je profite de ce moment pour boire mon thé accompagné d’un chocolat. Debout devant la fenêtre je ne me lasse pas d’admirer cette montagne verdoyante qui me fait face et qui plonge soudainement dans le lac. Ce dernier a des reflets argentés grâce aux percées du soleil dans les nuages grisâtres. En dessous dans les jardins, des ouvriers s’affairent à monter un échafaudage pour la suite des travaux. Si le ciel était dégagé je verrais au loin, derrière le lac, les sommets enneigés du massif de Belledonne en Isère.
Mon thé est fini ; il est l’heure de partir.

Les trésors cachés d’Hautecombe

Le piano à queue et un tableau dans une antichambre, illustrent très bien le titre de cet article. Chaque pièce et chaque coin de jardin renferme ses trésors. Des pierres du lapidaire dans le cloître, aux portraits des membres de la dynastie de la Maison de Savoie, en passant par les statues et les objets religieux contenus ça et là, il y a de quoi ouvrir un petit Louvre !
Sur le tableau en question, on aperçoit le Roi de Piémont Sardaigne Charles Albert, connu pour avoir construit le pont éponyme communément appelé pont de la Caille au-dessus des Usses, qui permet de relier Annecy à Genève. C’est lui également qui fonda en 1836 la ville d’Albertville, qui accueilli les jeux olympiques d’hiver en 1992.
De nombreux autres tableaux illustrent les membres de la Maison de Savoie. Parmi eux, des filles des rois de France avec qui les Ducs de Savoie aimaient bien se marier. En échange de quoi, les rois de France mariaient des duchesses savoyardes. C’est ainsi qu’en 1536, François I roi de France, se sent chez lui à Chambéry lorsqu’il occupe la Savoie, car il est le fils de Louise de Savoie.

De la même manière, les épouses des princes de Savoie :
- Bonne de Bourbon en 1355 est la sœur du Roi de France Philippe VI de Vallois
- Yolande de France en 1452 est la sœur de Louis XI et fille de Charles VII
- Christine de France en 1619 est la fille de Henri IV

Titres de noblesse obtenus par les princes de Savoie (chronologie) :
- Comtes de Maurienne en 1032
- Comtes de Savoie environ 1200
- Ducs de Savoie en 1416
- Roi de Piémont Sicile et de Jérusalem, 1713
- Roi de Piémont Sardaigne, 1718
- Roi d’Italie, 1870

Dénominations successives des territoires contrôlés :
- Comté de la Maurienne et le Mont Cenis
- Etats de Savoie (vers 1400, de Neuchâtel à Nice et de Lyon à Turin = toutes les Alpes)
- Royaume de Piémont Sicile
- Royaume de Piémont Sardaigne
- Royaume d’Italie
Capitales successives :
- Chambéry, environ 1300
- Turin, 1563
- Rome, 1870

La grange batelière

En repartant, tout comme en y arrivant par voie d’eau, on ne manquera pas de remarquer ce bâtiment massif. Datant du XII siècle tout comme l’Abbaye, ce bâtiment agricole servait de remise pour les céréales et les fourrages des bêtes. Les moines qui vivaient de l’agriculture, acheminaient leurs récoltes par voie d’eau. Ce mode de transport était beaucoup plus pratique que les routes qui étaient souvent dans un état lamentable et très périlleuses dans la montagne qui domine l’Abbaye. Les bateaux arrivaient avec leur cargaison et se mettaient le long du mur pour décharger. A cette époque les pieds du bâtiment trempaient dans l’eau. Les moines déchargeaient les embarcations depuis un balcon en bois avec un système de monte charge. Ce balcon a été aujourd’hui remplacé par une passerelle métallique. Cela permet de se souvenir de ce détail mais également d’assurer l’accès et la sortie de secours de la grange qui sert actuellement de salle des fêtes et que les normes de sécurité imposent, m’avoue Franck. Même si le niveau des eaux du lac a baissé, la partie avant du bâtiment a toujours les pieds dans l’eau. Un canal permet aux bateaux d’accéder à un garage situé juste en dessous de la Grange. Cette installation rappelle étrangement les entrées des palais vénitiens.

Le phare, le plus mystérieux des endroits

Si les portes de l’Abbaye m’ont été ouvertes, un lieu reste encore un mystère pour moi.
Le phare avait un rôle de simple phare traditionnel dans le passé : il annonçait la cote aux embarcations de pêcheurs. Le roi Charles Félix établi à Hautecombe une fondation de droit sarde, au profit des moines cisterciens qui occupait les lieux. La Fondation de Charles Félix comportait une obligation pour les communautés installées, de sauvetage des naufragés du lac. D'où la construction de cette tour à l'arrière de la chapelle Saint-André. Néanmoins ce phare servait surtout de lieu de contemplation à la reine Marie-Christine qui s'y était fait installer un boudoir, réplique de son bateau royal. On dit que les murs et le sol sont couverts de boiserie et reconstitue la poupe du navire. La vue sur l’étendue d’eau qui lui fait face, donnerait l’impression de naviguer. Malheureusement, le jour de ma visite, on m’a dit que des bâches recouvraient les boiseries pour les protéger des travaux. En effet, le sommet du phare était entouré d’échafaudages rendant l’accès à la tour impossible.
Un dernier regard sur le lac avant de partir et mon esprit se met à divaguer sur le mystère de la tour : Les religieux de la communauté du chemin neuf seraient-ils les gardiens d’un précieux secret ? Que peut bien contenir cette tour ? Qui sait ; peut être le Saint Graal n’est-il plus au Louvre depuis que Dan Brown a révélé au monde entier sa localisation dans son « Da Vinci Code » !
(archives du 5/06/07)